29 janvier 2025 : le Sahel se retire d’un rythme qui n’était plus le sien.
Le 29 janvier 2025, le Niger, le Mali et le Burkina Faso quittent la CEDEAO.
La date est précise.
Le geste, lui, ne l’est pas.
Il ne s’agit pas d’un fracas.
Il n’y a pas de proclamation flamboyante, pas de rupture spectaculaire.
Seulement un pas de côté.
Un retrait.
⟡ Quand le rythme imposé ne soutient plus le pas
Quitter, ici, ne signifie pas rompre avec le monde.
Quitter signifie reconnaître que le cadre dans lequel on avançait n’épousait plus le rythme du corps collectif.
Il y a des moments où continuer coûte plus cher que partir.
Des moments où rester demande une énergie qui ne nourrit plus.
Des moments où l’on comprend que l’on s’adapte depuis trop longtemps à une forme qui n’a pas été pensée pour soi.
⌘ Ce que les communiqués ne savent pas dire
Dans les récits officiels, on parlera de traités, de sanctions, de rapports de force.
Mais dans le temps long, celui qui ne s’écrit pas dans les communiqués, ce geste raconte autre chose.
Il raconte la fatigue de marcher selon des règles extérieures.
La lassitude de devoir justifier son propre tempo.
Le besoin, presque organique, de reprendre la mesure de ses pas.
⫷⫸ Se retirer n’est pas disparaître
Quitter une organisation régionale, ce n’est pas effacer l’histoire commune.
C’est reconnaître qu’une histoire peut continuer autrement.
Dans les cultures africaines, le retrait n’est pas une fuite.
C’est souvent un moment de recentrage.
On se retire pour écouter.
On se retire pour réparer.
On se retire pour éviter la rupture violente.
✦ Le silence comme décision
Il y a des silences qui ne sont pas des absences.
Il y a des pauses qui sont des décisions.
Le Sahel est une terre de lenteur imposée.
Par le climat.
Par les distances.
Par la nécessité de composer avec l’aride, l’instable, l’imprévisible.
On n’y survit pas par la précipitation.
Dans ce contexte, quitter un cadre qui impose un rythme uniforme peut être lu comme un acte de cohérence plus que de confrontation.
❦ Choisir sans promettre
Il ne s’agit pas de dire que tout sera plus simple.
Il ne s’agit pas de promettre un avenir sans heurts.
Il s’agit de dire : ce chemin-là ne nous porte plus.
Dans le soin, il arrive un moment où l’on cesse d’ajouter des produits.
Où l’on comprend que multiplier les gestes n’a pas renforcé la fibre, mais l’a fragilisée.
Alors on enlève.
On simplifie.
On laisse respirer.
Ce retrait-là ressemble à cela.
⟡ Marcher sans garantie
Un choix qui n’est pas confortable, mais assumé.
Un choix qui ouvre plus de questions qu’il n’apporte de réponses immédiates.
Un choix qui accepte l’inconnu comme une étape nécessaire.
L’histoire africaine est traversée par ces moments de seuil.
Des moments où l’on cesse d’avancer dans des structures héritées pour tenter autre chose.
Parfois cela échoue.
Parfois cela transforme durablement.
Mais le geste, lui, reste.
✦ Questions de racines
Le 29 janvier 2025 ne dira pas, à lui seul, ce que deviendra le Sahel.
Il dit seulement qu’un cycle s’est refermé.
Quitter la CEDEAO ne signifie pas quitter l’Afrique de l’Ouest.
Cela signifie refuser une seule manière d’y appartenir.
Ce texte n’est ni un jugement, ni une célébration.
Il est une observation.
Et si la vraie question n’était pas de savoir s’ils avaient raison ou tort,
mais de se demander combien de décisions, individuelles ou collectives, attendent encore que l’on ose reconnaître qu’un cadre ne nous ressemble plus.
Que reste-t-il lorsque l’on cesse de tenir par habitude ?
Que devient un territoire — ou un être — lorsqu’il accepte de marcher sans garantie, mais avec cohérence ?
« Chez Kanfura, chaque soin raconte une histoire.
Une histoire de beauté, de mémoire et de durée africaine. »